L’écloserie est une installation qui permet de produire des oeufs – à partir de géniteurs prélevés dans le milieu naturel – , ici de truite fario (Salmo trutta fario L.), qui seront – après incubation partielle ou totale – déversés dans le milieu naturel.

Pour ce faire, des truites adultes autochtones (géniteurs) sont chaque année capturées dans les cours d’eau vosgiens par les pêcheurs à la ligne et essentiellement par pêche électrique, de fin septembre (fermeture de la période légale de pêche à la truite) jusque début novembre. Une fois matures (à partir de début novembre), les femelles sont « pressées » (vidées de leurs produits génitaux) afin de féconder artificiellement les œufs avec le sperme des mâles. Les géniteurs sont relâchés dans le milieu naturel sur leur lieu de capture et les œufs sont mis à incuber dans un bâtiment alimenté en eau de ruisseau de bonne qualité (hors gel), appelé écloserie. Après une période d’incubation partielle (dépôt au stade œuf en boîte Vibert) ou totale (lâchés au stade de vésicules résorbés) les alevins (ou futurs alevins pour les boîtes Vibert) sont déversés dans le milieu naturel.

L’écloserie a donc pour but de palier à un déficit de production naturelle liée à la dégradation du milieu, en optimisant le taux de réussite de la reproduction (fraye, incubation et éclosion). Les motivations qui rendent cette pratique nécessaire à la sauvegarde de la truite fario des vallées vosgiennes – espèce d’intérêt patrimonial – ne manquent pas en raison de nombreuses perturbations d’origine anthropique :

– diminution des surfaces de frayères,

– canalisation par mise sous tuyaux des tributaires,

– extension des zones urbanisées ou inaccessibles à la truite fario,

– compression de la largeur laissée aux lits mineurs des cours d’eau dans les vallées,

– disparition progressive des bras annexes des rivières,

– fortes variations des débits dans les tronçons soumis à des débits réservés.

Ils peuvent aussi être d’ordre climatique :

– variations météorologiques (températures de l’eau trop élevée lors de l’incubation),

– crues saisonnales dévastatrices (destruction des frayères pendant l’incubation).

Les sites de prélèvement sont soumis à autorisation administrative de la police de la pêche. D’une manière générale, ne sont accordés que les lieux situés sous les obstacles à la migration du poisson (50 mètres au maximum en dessous de l’obstacle).

Les obstacles peuvent êtres de différents types : barrage, seuil, buse, plan incliné en béton lisse ou pavé avec une faible lame d’eau.

Dans la mesure où aucun autre obstacle bloquant l’accès aux frayères n’est situé à l’amont de celui concerné par la pêche, il est conseillé de transférer la moitié des géniteurs de l’aval vers l’amont de l’ouvrage.

 

L’écloserie associative vosgienne en quelques chiffres

Depuis 1991, près de 7,3 millions d’oeufs ont été mis en incubation pour environ 6,2 millions d’individus déversés dans les cours d’eau vosgiens. Les résultats sont bons, la technique bien maîtrisée avec un taux de réussite de l’incubation proche de 85 % : soit le taux de réussite au baccalauréat toutes disciplines confondues en 2012 ! Si l’on ose le calcul, ce sont entre 2 500 (taux de survie de l’oeuf à l’adulte (3 ans) = 0,85 % des individus éclos d’après les observations de Monsieur Delacoste et Baran en 1993) et 8 500 (29 truites adultes pour 1 000 alevins déversés : 2,9 % étude de Cornimont) truites nées en écloserie qui, chaque année dans le département des Vosges, arrivent à maturité pour se reproduire. Ce nombre d’individus adultes correspond à la population d’adultes présents sur 10 à 20 km d’un cours d’eau vosgien moyen en bon état de 2 à 3 mètres de largeur.

L’écloserie soutient efficacement et durablement les populations autochtones de truite fario. L’étude menée dans les années 2000 à Cornimont le montre : plus d’un tiers des truites d’une taille supérieure à la taille légale de capture pêchées dans les cours d’eau du secteur – empoissonnés uniquement avec des alevins issus de l’écloserie et de surcroît bénéficiant d’un recrutement naturel – sont justement issus de l’écloserie. La même étude estime que pour 1 000 alevins déversés, 29 truites adultes âgées de 3 ans pourront se reproduire (résultat supérieur au taux de réussite naturel estimé, retrouvé dans la littérature qui est compris entre 8 et 12 adultes pour 1 000). Enfin, la récolte des géniteurs, si elle est raisonnablement faite, n’handicape la reproduction naturelle qu’à hauteur de 10 % en sachant que 25 % des truites utilisées comme « géniteurs » pour l’écloserie sont issues de la capture des pêcheurs (truites initialement destinées à être consommées !) (Gerdeaux et al.,2006) et que le taux de survie par la reproduction en écloserie est normalement supérieur à ce qui est observable dans le milieu naturel (sauf accident).

En considérant que 2,9 % (29 pour 1 000) des alevins déversés deviendront des truites adultes (âgées de 3 ans) qui, en plus d’être capables de se reproduire, seront des poissons capturables (taille supérieure à la taille légale de capture), le regard du gestionnaire peu convaincu par la méthode peut être orienté. Un exemple, avec une production moyenne annuelle de 20 000 alevins par écloserie, on estime à environ 100 kg de truites fario (sans prétention 6 truites de 3 ans par kilo) la production au bout de 3 ans pour une écloserie.